Pression du temps, harcèlement, arrachement chaque matin, c’est dur.
Rien devant, mais derrière déjà des choses, suffisamment pour pouvoir dire qu’il y a
eu quelque chose. Il me faudrait une méthode pour écrire l’histoire des
mitraillages verbaux qui trouent mon paysage mais pour l’instant, qui n’en est
pas un, ça continue à se condenser dans la mémoire, à perler au plafond, à se
prendre pour de l’absolu, et à se convertir en notations hénygmatiques.
Ce qu’on semble appeler poésie aujourd’hui, qu’est-ce au juste ? Tout ce qui
n’est pas négociable dans le champ éditorial, mais qui l’est quand même (par le
biais du CNL ou d’autres moyens, subterfuges, tactiques, substitutions) en tant
qu’il ne l’est pas…ça sent le virage en ce moment, la tentative de bilan, dans la maison poésie;
une génération pousse l’autre qui se rétracte.
Le magazine littéraire, Autrement, le dico PUF, etc. les gémissements de PL
Rossi, le tressage érudit de Deguy, tout un arsenal de lectures anachroniques
qui se multiplie dans le "geste auguste" des semeurs de troubles trop
paradoxaux…
Nettoyage du printemps; poésie = musique, donc chanson. Le mot d’ordre réunira
sans doute du monde cette année. Mais pas moi, qui ai trop de difficultés à me
coucher chaque nuit. La petite angoisse ne sort pas de chez elle.
Pourquoi ne pas riposter en effet ? J’irai m’acheter demain une bonne bouteille pour
l’écluser en lisant écrivant. Il y a un effet de disproportion quand on lit que
des termes comme "littéralité" opèreraient dans l’idéologie poétique comme de
puissants tremplins : je ne déteste pas ces grossissements démesurés sur un
aspect momentané de la question de la poésie, moi qui fouine dans les vieilles
anthologies, je sais que c’est une habitude très ancienne et inévitable car liée
aux fils ténus de l’édition (auparavant : des revues).
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