Je palpitais, trépignais et papillonnais d'envies en tous sens : aventures,
méditations, répétitions, cassures et ligatures, tour à tour irritantes,
berçantes, à intervalles pas trop réguliers... De toutes manières, j'en
faisais trop. Je jouais pour et contre à la fois. J'accumulais les faux-pas.
La moindre erreur, la moindre objection, de moi à moi, me crucifiait! Me
déplaçait. J'espérais, jaspinais, transpirais-je. Je dépistais, recoupais,
remaniais tout le temps. Je connaissais ma pente au système, sans beaucoup
m'en préoccuper, savoir ne pas s'arrêter. Jamais capable d'une once de
résignation. Mais ces incohérences avaient le mérite de me mettre sens
dessus dessous, façon de la rejoindre, double gâchis inchoatif, dormir très
peu, pressé d'émerger du sommeil, se réveiller dans un état de lucidité
affamée tout en tombant d'épuisement, se lever pris de vertige, sentir
naïvement mon crâne s'alourdir alors même que mes idées restaient froides.
Je conjuguais la vision nette et la chute en arrière, attiré par le vide en
même temps qu’assuré de ma prise. Je décrivais pour tenir, ralentir, au bord
de la perte de conscience que je ne repoussais qu'à force de ne pas cesser
ne pas céder.
Un mythe tracé à traits bruts et butés berçait mes perturbations; je le
racontais à peu près comme suit : "Aux commencements (et dans l'avant
impossible du commencement, à la dite énigme tenace où s'effaçaient
l'origine et la contention), les temps ne se contredisaient pas. Ils se
débattaient, ne balbutiaient pas par saccades ou séries, ils s'entassaient
temps chaotiques ou contre-temps, temps lent, évanescent, convalescent,
temps frayé ou lâché, effacé, temps mécanique, réglé ou suspendu,
entre-temps, fragments d'incidents d'aucune série discontinue, contingents
d'aucun nécessaire, absents... Incorporés malgré tout, ils s'enrouaient,
s'étiraient en un temps feutré, silencieux, banalisé, puis mal accordé, trop
haut trop bas, vocalises étouffées, étoffes enluminées, mais dont le rythme
avorté provoquait un temps déroulé, qui se réfléchissait entre le sursaut et
la dispersion, laissait des traces où se captaient leurs excès. Ces sons et
ces couleurs malformés se tansformaient enfin - un enfin indéfini - dans les
temps de hasards et de rencontres, de jeux tantôt précipités tantôt
insinuants, coagulés, nombreux, jaillissant en alternance. Les contre-temps
repousés marquaient encore d'un entre-temps les temps alternés — mais libres
désormais d'un développement comme d'un événement, matériels, enroulés
espacés figurés rythmiques et chroniques..." Ces élucubrations, il fallait
s’y attendre, ne susciteront que son désintérêt. Que ça ne cadrait avec rien
de connu ne m'aidera pas à y trouver la part de vrai."
Pour se procurer le livre :
France : Diffusion CED/Distribution Casteilla
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Tél : 00 322 503 30 95
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Courriel : patricia.kilesse@lespierides.comv
Éric Clémens
Le commentaire de sitaudis.com
À l'occasion de la sortie du livre en Europe, un extrait ici et une interview de l'auteur dans nos Parutions.Les derniers poèmes, fictions
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