...elle me montre ses tableaux, des jungles de couleurs entrelacées, des toiles d'inextricables méandres, on dirait le fin fonds des bayous du Mississipi, là où n'arrive plus la lumière, plus d'air, plus de ciel, plus de terre, rien qu'un mélange de lianes liées aux arbres, liées à l'eau, une indifférenciation saisissante rappelant que les boues sont aussi la chair, la poussière, que tout naît d'une sauvage anarchie et malgré tout s'organise vers la beauté, vers cettes fabuleuse histoire des atomes, vers la mélodie des étoiles ...come, come, come to my sweet melody ...mais je m'éloigne...toujours ce lyrisme en moi, ces débordements, cette violence contenue, qu'est ce qu'elle exprime cette femme dans ces peintures, ces gouaches, ces huiles, ces pastels, et qui finit par être beau? son angoisse? sa solitude? sa perception d'un monde sans issue? elle m'a offert du thé, et je sentais qu'il fallait que je reste, que c'était peut être aussi important que de débrancher sa chimio -je l'ai écoutée parler longtemps, me raconter sa vie, ses parcours, ses défaites, le pessimisme de ceux qu'elle croise, et même leur peur face à elle...le soleil de la rue m'était une insulte quand je suis ressortie, le cirque des journaux me crachait au visage l'organisation humaine, tout ce cadre tranquille, illusoire dans lequel tous nous nous occupons de foutaises sans aucune conscience du temps, mais la déconstruction littéraire pour moi n'est rien, n'est pas vraiment subversive, le saut est quantitatif mais pas qualitatif, on construit les tours jumelles, on détruit les tours jumelles, on tisse des phrases, inventant des romantismes ,des formes ,des modes qui à leur tour vont définir, on explose les phrases, on casse les supports, on retourne les surfaces, c'est le même jeu, c'est la même rengaine, c'est le même sommeil, cela reste très paisible en fait, TEXTE ou TXT quelle différence? rien de cela n'est assez violent, rien de cela ne change vraiment le monde, et tout le change en même temps chaque pierre apposée affole l'architecture, dans la violence vraiment violente, il n'y a plus rien, ni sens , ni non sens, l'esprit se réduit à l'épure, à l'ascèse, rien, niente, nothing, nada, il n'y a rien, on se retrouve à l'aube du monde, des immémoriaux, de ceux là qui plongent dans les flots des mots, et y nagent jusqu'à l'oubli.L'initio...
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