Est-ce le refus, la peur de la poésie qui motive la dérision, ou
l’inverse : une banale impuissance (un manque de testostérone!)
qui se vengerait sur la poésie («texte austère d’homme»)? Les deux
sans doute, entre autres déraisons. Avant Les Zozios, au début des
années 1980, j’en étais à recomposer, sous le titre Avant-taire, des
souvenirs de la courte période (de 12à 18ans) où j’ai vécu chez mes
géniteurs et où la révolte a progressivement grossi en moi : contre
eux bien sûr, mais plus définitivement contre l’ordre social et son
lien-guistique. Les Zozios ont mis fin à ces épanchements de coups
tordus, substituant le rire au ressentiment.
Le poète, au sens noble genre Perse ou Du Bouchet, a un
lexique riche, varié, choisi. Anch’io son’ poeta, et tous mes efforts
visent à accroître le vocabulaire. Sauf que je pars de quelques syllabes maladroitement imitées d’oiseaux, ce qui raréfie, étouffe,
étrangle le lexique à ma disposition. Les joueurs de scrabble pour-
raient sûrement le confirmer, ou les sociologues par l’observation
de leurs cobayes des banlieues : lorsqu’on a peu de vocabulaire,
avec une syntaxe limitée, la tendance la plus forte va toujours aux
grossièretés, à la caricature. Quand cet encanaillement est une fête,
ça s’appelle le carnaval. Toute ma démarche vise à raffiner le
mardi-gras, savantiser le populaire, que ça s’aile... itise – doit y
avoir du Baudelaire là-dessous, à chercher de l’or dans la boue.
Autrement dit étendre les possibilités offertes par le jeu de syllabes choisi, et élever le niveau en écartant le plus facile. Reste que
le carnaval donne le ton, et que les personnages ne sont que marionnettes à plumes, différemment mais ni plus ni moins que l’archéoptère d’Ubu cocu. En bref et simple, tel est le parti pris des
Zozios. Nul n’est forcé de le partager, mais il faut l’admettre si on
veut me lire.
| Parutions | Excitations | Poèmes & fictions | Apparitions | Auteurs | Liens | Citations | Célébrations | Auditions |
