Le 11 septembre Lucile s’enferme dans un studio avec deux bobinots pour
entendre les restes de voix du traître de Stuttgare, et les clapotis comme
de moteurs d’avion qui rattrapent la voix si les ondes se heurtent aux
masses frottant le ciel, à la poussière météorologique
les archives sonores sous l’immeuble n’autorisent nul point de vue sur la
maternité vis-à-vis, qui s’est substituée au camp des exilés
Lucile sortant du bureau souttrain se mêle à un attroupement de couloir
morfondu figé aux images, elle voit d’immenses fumées issues d’un
gratte-ciel, nul ne parle sinon le speaker et après l’avion ivre se crashe
contre la stupeur percute l’autre tour
la cohue ni Lucile n’accèdent à ces cités aveuglées
le grand peuplier tombe métallique O grand tronc viandé plein les oreilles
rendant sa pesanteur au sol, et tout se tait, et l’arbre renversé de sève
est un fleuve plein du sang d’affluents
bouche bée : le narré laissant Lucile sans voix et se livrant aux redites du
speaker
les images repassent notre mémoire
mémoire métallique
sans savoir : un fer en feu de part en part avalé de travers dans l’opacité,
la neige cendrée et le déclin
tout ce qui se hâte appartient déjà au passé
le chef des archives s’attend à ce que tout puisse arriver, dans l’instant :
l’affolé ne peut plus recevoir Lucile
le passé en sous-sol redoute le présent dressé tranché comme une bougie
le présent déraille : c’est cette époque-ci qui sombre
immonde assaut du monde : tout saute
sous le feu des jumelles sous les phares de l’actualité que dire d’un
château de cartes en main se jouant du monde, que trois cutters laminent ?
voilà nôtre la question du naufrage.
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