On en sort héberlué. Tellement, qu'on a peur de ne pouvoir rendre justice à
ce livre énorme, cérébral et terreux. Cérébral, parce qu'il fait, à la
notion d'auteur, un sort inédit. Ch'Vavar (déjà pseudonyme) n'occupe ni la
position de Pessoa (ses hétéronymes sont trop nombreux, trop emboîtés, ce
sont hétéronymes d'hétéronymes, et le nom original a tout à fait disparu,
s'y est dissous à un point tel qu'on doute qu'il ait jamais existé : il n'y
a pas même "Pessoa", il n'y a vraiment personne), ni celle de Mallarmé, car
cette dissolution s'opère paradoxalement par et dans une monstration
proliférante et non dans un retrait sec. Ce livre est terreux -
souterrain -, parce que ses matières (on ne peut dire sa matière, ce serait
insuffisant) sont avant tout non-volatiles, non-éthérées, adhérentes,
multipliant les moyens de coller la langue et de coller à la langue (le
picard et l'orthographe phonétique n'en sont que deux minuscules exemples).
Mais si le projet du livre (de la réunion de tels textes) est étrange et fou
(crétin, c'est moins sûr - ou alors d'une crétinerie paysanne érudite qu'on
forgerait là sous nos yeux), les textes eux-mêmes explorent tous les
registres de la drôlerie (au hasard : le dialogue entre un Rimbaud paysan et
l'abbé Dreuil (sic) - Treuvè quiq'chose, Monsieur l'abbé ? - interrompu par
Pierre Jean Jouve en facteur et Bernanos en motocycliste !). Il y aura
encore beaucoup de choses à dire sur cette réédition - indispensable, est-il
besoin de le préciser - et sur la cosaquerie non-enregistrée à laquelle
appartiennent son/ses auteur(s).
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