La langue chinoise qui fonctionne avec des mots monosyllabiques, crée par juxtaposition et découpage une exponentialisation des sens qui module la prosodie et en décline la musicalité.
Modulation qui structure la prose aussi bien que le vers, et qui lie si étroitement la dynamique du sens à un rythme asématique, appuyant le plein sur du vide, que l’analyse prosodique a pu tenir en chinois la place de notre analyse grammaticale. Savoir couper un texte, c’était être en mesure musicale de le comprendre. Ô ciseaux, zizos, zozios ! Mes doigts scindés pour compter les pieds!
Le chant est du silence évidé. Les Chinois bien sûr ont compris cela qui pensent le monde non pas en plusieurs dimensions mais en d’infinies directions. Quelques poètes aussi comme Mallarmé, Michaux, Maurice Roche ou Cummings, pour qui “ les oiseaux combinent pareillement le mouvement avec la voix, le son, le chant, et ils
flysign, volent-chantent en trois réelles dimensions. ” Jacques Demarcq partage avec ces poètes tutélaires cette virtuosité du trait qui chahute la linéarité de l’écriture, en proclame
l’évi-danse. Scripta volant…
Ces
Chin Oise Ries de Jacques Demarcq épousent la verticalité de l’écriture picturale des idéogrammes, titillent la trame des trilles et préservent la vitalité ondulante d’un verbe attei-gnant à la “ notion pure ”. La démarche de Jacques Demarcq s’apparente à celle d’un Messiaen ou d’un Matisse. Envol et vol, qui
en-chantent le sens et le
dé-robent de ses atours. Ce n’est pas un hasard si l’écriture poétique a son origine en Chine, où le peintre est un poète, car le mot donne avant tout à voir, à entendre plus qu’il ne signifie. Il est ce qu’il
dé-signe, c’est-à-dire à la fois le hasard mallarméen et le singe de lui-même, qui jongle “ de rythme en syllabe au milieu d’une jungle d’échos ”. Plus qu’un
art poétique, le ciseleur & oiseleur Jacques Demarcq propose ici l’infinie partition d’une
auto-zio-graphie.
G & g, BP 4, 60370 Berthecourt