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Sitaudis.com / Parutions / Le prostituant d'Eric Meunié par Jacques Barbaut

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Le prostituant d'Eric Meunié

Le prostituant d'Eric Meunié Divisé en deux parties, composé pour l’une de trente-six, et pour l’autre de quarante-deux paragraphes (strophes ou laisses — « vestiges de scansion ») de six lignes et demie (« vestiges de vers ») précisément chacun (croyant connaître depuis la publication de sa Poésie complète — Exils, 2006 — le goût de l’auteur pour les contraintes peu contraignantes), le Prostituant, d’Éric Meunié, s’empare du genre devenu obligé de la « résidence d’écrivain », voire du « poète en résidence » et de son contrat — convention ou comédie — explicite : un séjour offert en villa, dans un appartement, une chambre, ou une cellule, en échange d’un texte, d’un récit… pour en subvertir sur un mode sociologique — saine dénonciation des lois sur le racolage et de la répression sauvage — et souvent hilarant les codes, et ce depuis leurs prémisses : « Vous disposerez de trois mensualités de 1 350 euros, c’est-à-dire, sur une base de 50 euros la passe, un forfait de 27 passes mensuelles », lui précise le comptable de cette résidence — « Marseille, studio des Réfugiés, couvent des Repenties, quartier des petites frappes », quant à son adresse. N’hésitant pas à payer de sa personne pour honorer ces manières de rapports, n’omettant pas certains détails crus ou croustillants (loin pourtant autant des crapauteries égrillardes que des religiosités d’un Bataille), convoquant des personnages à clefs plus ou moins transparents (David Piaules, Emmanuel Patrons, Eugène S., et un certain Yzokras — « surtout ne pas imaginer cette face de fayot »), Éric Meunié renouvelle comme en se jouant les rapports étroits et toujours redits entre « commerce amoureux » et « fréquentation de la Muse » — un lieu commun au moins depuis Baudelaire. « Cette manière de s’exhiber sur un bord discret de la voie publique et d’y simuler une émotion vierge vaut pour la prostitution, vaut pour la poésie. Viens toucher le secret de mon art. » On serait tenté de poursuivre avec Charles Fourier (Harmonie mathématique des Nombres, des Passions, des Désirs et des Plaisirs régnant en un phalanstère idéel) sur un agencement civilisé, une réglementation douce d’une certaine prostitution généralisée (« le vaste bordel », dont rêvait sans doute Juan Carlos Onetti). « On nous dit que ce commerce s’apparente à l’esclavage, ironise Marie. Pourtant tu es le moins riche de nous deux avec ta bourse de bonnes sœurs ! »

Jacques Barbaut

 
 
co-édition cipM / Spectres Familiers
coll. « Le Refuge » (2008)
non paginé (40 p.)
10 €

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